D'après Paul Banéat (1856-1942) — Le Département d'Ille-et-Vilaine — Tome II — 1928
[Notes de Paris-Jallobert]
Le village et la mine du pont pean
Au sud du pont, quelques maisons bordent le grand chemin de Rennes à Nantes et constituent le village "du pont pean". La mine, ouverte en 1730, est elle aussi longtemps dite "du pont pean" avant de devenir la mine "de Pontpéan" sous la plume de personnes souvent étrangères à la région.
Or, payen et ses variantes païen, paen et pean sont des noms dérivés du latin paganus, paysan… Pour franchir la Seiche, un pons paganus aurait-il précédé le pont payen, comme l'avance l'historien Philippe Jouët dans l'Atlas historique des pays et terroirs de Bretagne [Éditions Skol Vreizh – 2007] ?
Pont-Pagan, un néologisme breton de la fin du XXe siècle
Un "outil d'aménagement linguistique", l'Office de la langue bretonne, a été créé en mai 1999 par le Conseil Régional de Bretagne, avec le soutien du Ministère de la Culture. Il s'est penché sur les formes historiques attestées des noms de lieux pour en déterminer une forme bretonne moderne, y compris dans l'est de la Bretagne où l'on ne parlait pas breton mais gallo, et a opté pour Pont-Pagan, traduction littérale du français Pont-Païen. Mais les gallésants disaient Pont-Péan et, au tout début du XXe siècle, les régionalistes bretonnants de Rennes prononçaient Pont-Bchan.
L'appellation officielle de 1985
Le 4 mars 1985, le conseil municipal de Saint-Erblon vote pour donner un nom à la partie de son territoire qui va bientôt être détachée et érigée en commune. Trois propositions sont soumises au vote : Pont-Péan, Pontpéan et Le Pont Péan. C'est Pont-Péan (avec un trait d'union) qui l'emporte, recueillant 11 voix sur 17.
Un recueil d'armoiries du XVIIe siècle
Jean Bossart du Clos, conseiller et avocat du roi au Présidial de Rennes, commence en 1639 un armorial de Bretagne, illustré par le libraire Jean Robin. Sur le manuscrit figurent des armoiries surmontées de l'inscription "le Pont pean". Le manuscrit ne le précise pas, mais ce sont les emblèmes de la famille Tituau, propriétaire du manoir jusqu'au mariage de Perronnelle Tituau avec René Privé, en 1602.
Ailleurs en Bretagne, des appellations identiques
• Dans le Morbihan
Dans son Dictionnaire topographique du département du Morbihan, publié en 1870, l'archiviste Louis Rosenzweig (1830-1884) mentionne trois ponts de ce département qui portent le nom de pont payen :
• le premier sur le Bodel, au Garo, commune de Ploeren,
• le second sur le ruisseau de l'Aff, commune de Guer,
• le troisième sur le ruisseau du Pont-Payen, affluent du Saint-Éloi, commune de Muzillac (à l'époque féodale, l'une des seigneuries de Muzillac se nomme Le Pont-Payen - Pont-Péan au XVIIe siècle - Présidial de Vannes).
• En Ille-et-Vilaine
En 1269, Raoul du Hallay (le premier du Hallay connu) possède trois terres nobles à Landéan, à la lisière de la forêt de Fougères : le Hallay, l'Artoire et le Pontpéan. Et en 1435, un Amaury du Hallay rend aveu [reconnaissance de propriété] à la baronnie de Fougères pour le lieu et domaine du Pontpéan, en la paroisse de Landéan. Serait-ce aussi celui qui possède, à la même époque, le manoir bruzois du pont payen ?
À Landéan, la famille du Hallay détient la terre de l'Artoire jusqu'à la fin du XVIe siècle, celles du Hallay et du Pontpéan jusqu'à la Révolution. Quand ces deux dernières sont vendues comme biens nationaux, le 6 octobre 1795, les anciens manoirs de Landéan ne sont déjà plus, depuis longtemps, que des maisons de ferme.
En 1448, le manuscrit des Réformations de la Noblesse de Bretagne [Bibliothèque de Rennes Métropole] mentionne à nouveau "Amaury du Hallay, sieur de l'hostel de pont payen". Puis l'enquête effectuée en 1513, à la demande d'Anne de Bretagne, montre une évolution du toponyme avec "Jan de la Serpaudaye, sieur du pont pean".
Pourtant, quand il dépouille, à Chartres-de-Bretagne, des registres paroissiaux qui brûleront en 1944, l'abbé Paul Paris-Jallobert (1838-1905) découvre un autre "sieur du Pont payen" en 1565 : Christophe Tituau, qui sera conseiller au parlement de Bretagne en 1568. Bien que l'abbé décède avant d'avoir publié la brochure qu'il voulait consacrer à cette paroisse, ses notes manuscrites attestent que l'ancienne appellation était encore en usage au XVIe siècle.
Un pont payant ?
On a longtemps interprété le nom du hameau comme une déformation de "pont payant" car il fallait autrefois acquitter un péage pour franchir la Seiche "au passage du pont pean". En 1986, quand le premier maire, Pierre Récan, fait créer un blason pour la nouvelle commune, il se réfère tout naturellement à cette explication et une pièce de monnaie surmonte un pont pour symboliser le péage. Toutefois, les vieux documents d'archives induisent d'autres hypothèses.
XVe siècle – La plus ancienne forme attestée
La première forme connue du toponyme est "le pont payen". Elle date de la réformation de la noblesse bretonne de 1427, une grande enquête lancée par le duc Jean V de Bretagne pour distinguer les vrais nobles, exemptés d'impôts mais assujettis au service militaire, des usurpateurs.
Parmi les nobles de la paroisse de Bruz figure alors "Amaury du Hallay, sieur du manoir du pont payen". Ce manoir est voisin du grand chemin de Rennes à Nantes, au nord du pont sur la Seiche. Il a depuis fait place à la Ferme des Peupliers, passée du territoire de Bruz à celui de Chartres-de-Bretagne après la modification des limites communales du 1er janvier 1974.
Un hameau minier en Haute-Bretagne
Paroisse depuis le 31 octobre 1948 puis commune depuis le 1er janvier 1986, Pont-Péan était naguère un hameau industriel de Saint-Erblon, à cinq kilomètres du bourg.
Peu après 1626, sous le règne de Louis XIII, Martine de Bertereau, baronne de Beau-Soleil, aurait découvert "proche le Pont-Péan, à deux lieues de Rennes, une bonne mine de plomb contenant beaucoup d'argent, du vitriol, du souffre [sic], du zinc, du mercure, de l'arsenic" [selon une transcription publiée en 1779]. Exploitée à partir de 1730, cette mine va jouer un rôle prépondérant dans l'histoire de ce hameau de Haute-Bretagne et en faire la singularité.
Du pont payen au pont pean