Armand Jean du Plessis
(1585-1642)
 
(Cardinal duc de Richelieu
Jean Pierre Cudennec  -  Pont-Péan au fil du temps  -  Tous droits réservés (site déposé auprès de Copyright France)
Détail d'un "plan de la superficie de la mine d'Huelgoat" dressé en 1777
Henri Bourde de la Rogerie, archiviste du Finistère puis d'Ille-et-Vilaine de 1897 à 1934, rapporte à ce sujet une curieuse anecdote. Amaury Jascob, procureur du roi à Morlaix, entretient des relations avec Jean du Chastelet. Il parvient à soustraire au prévôt les papiers concernant les opérations du couple et, en novembre 1631, le prévôt porte plainte contre le procureur auprès du Parlement de Bretagne. Mais le Parlement ne semble pas avoir donné suite à cette plainte. (Bulletin de la Société archéologique du Finistère — tome LII — 1925)
 
Face à des magistrats éclairés, la baronne et son mari parviennent à se justifier. Ils ne sont donc pas inquiétés, mais le prévôt non plus. La baronne s'en plaint, en 1632, dans un premier ouvrage dédié à Antoine de Ruzé. Si les papiers saisis par le prévôt ont ensuite changé de mains, la baronne n'en a apparemment pas été informée. Le procureur se les serait-il appropriés à son insu ?
 
"Jean du Châtelet avait épousé une Française, Martine de Bertereau, appartenant à une ancienne famille de l'Orléanais, qui lui avait apporté en dot la baronnie de Beausoleil, formant aujourd'hui une dépendance de la commune de Lancôme, dans le département du Loir-et-Cher."
 
Eugène d'Auriac — 1891
(L'administration française au XVIIe siècle)
La supplique au cardinal
 
En 1640, la baronne demande encore justice dans un second ouvrage adressé cette fois au cardinal de Richelieu, La Restitution de Pluton. Elle y donne le relevé des mines qu'elle a découvertes en France avec son époux. Si la liste est longue pour la plupart des provinces, elle se réduit à ces quelques mots pour la Bretagne : "Une mine d'amétistes proche la Ville de Lanion, comme aussi une mine d'argent". Durant son séjour en Bretagne la baronne a pourtant répertorié de nombreux gisements, mais les documents dérobés par le prévôt ne lui ont jamais été restitués.
Les manuscrits dérobés
 
Le couple s'établit temporairement à Morlaix et, pendant que la baronne se rend à Rennes pour solliciter du Parlement l'enregistrement de la commission du marquis d'Effiat, son mari visite une mine dans la forêt du Buisson Rochemares. Il s'agit probablement de la mine qui avait été ouverte dans le Bois de Rochmarec, "à portée de mousquet du Huelgoat". En leur absence, René Busnel de la Touche-Grippé, grand prévôt de Bretagne, perquisitionne leur maison morlaisienne. Comme il ne croit pas possible de trouver ce qui est caché sous terre sans le secours des démons, il saisit tout ce qu'il trouve dans les coffres : or, argent, bagues, pierreries, échantillons de mines, instruments de recherche, procès-verbaux, mémoires des lieux où des mines ont été découvertes…
La Bretagne prospectée
 
Martin Ruzé est le grand-oncle d'Antoine Coëffier de Ruzé, marquis d'Effiat, qu'il institue son héritier universel. En 1613, à la mort de Martin Ruzé, le marquis d'Effiat devient grand maître et surintendant général des mines. Le 31 décembre 1626, il délivre une commission à Jean du Chastelet qui revient aussitôt en France avec Martine de Bertereau. Les époux doivent reconnaître l'existence des mines, leur richesse et la façon de les exploiter. Leur commission est enregistrée aux Parlements de Bordeaux le 12 juin 1627, de Toulouse le 8 juillet et de Provence le 10 décembre. Ils prospectent d'abord la Bretagne (mais il n'y a pas de trace d'un enregistrement de leur commission par le Parlement) où ils subissent un premier déboire dont la baronne se plaindra dans ses ouvrages ultérieurs. Il faudra attendre le XVIIIe siècle pour connaître la liste présumée de leurs découvertes bretonnes.
Retour en France, sous le règne de Louis XIII
L'accusation de sorcellerie, une manie de la famille Busnel ?
 
René Busnel, sieur de la Touche (en Louvigné-de-Bais) et de Grippé (en Cesson), l'homme que
la baronne affuble du sobriquet de Touche Grippe-Minau, est prévôt général de la maréchaussée
de Bretagne de 1602 à 1639. Son père, Jean Busnel, avait été pourvu en 1581 de la charge
de secrétaire du roi en la chancellerie près le Parlement de Bretagne. Jean Busnel avait ensuite
été lieutenant du duc de Sully en Bretagne, notaire évangéliste des États, puis connétable de
Rennes en 1595. Il avait reçu, en 1594, des lettres patentes anoblissant ses terres de Grippé et de la Méraudière (en Acigné), avec affranchissement des tailles et fouages, "parce qu'il s'était employé à la réduction de la ville de Rennes, aux assauts de Châteaubriant, Hennebont, Moncontour…" quand les guerres de la Ligue opposaient "huguenots et papistes".
 
En 1609, Jean Busnel avait accusé plusieurs hommes d'avoir attenté à sa vie par "art magique, invocations diaboliques et sortilèges". Jugés coupables de magie et de sorcellerie, ils avaient été condamnés à la "torture d'escarpins" pour qu'ils avouent les noms de leurs complices avant d'être pendus et étranglés à la potence, au grand Carroir [carrefour] du bout de Cohue [Halle, en breton Koc'hu] à Rennes – leurs corps devant ensuite être brûlés et réduits en cendres avec leurs livres et instruments de magie. Deux prêtres des environs de Vitré faisaient partie de ces suppliciés : André Marion, sous-curé de la paroisse de Vergeal, et Pierre Souvestre, recteur de celle de Saint-Aubin-des-Landes.
Une fin dramatique
 
La mésaventure morlaisienne n'est que le prélude à une fin injuste et dramatique. Au XVIIe siècle, les superstitions sont toujours tenaces et les méthodes de recherche de la baronne suscitent la défiance. Pour découvrir les mines, elle se sert de "boussoles minérales", certains végétaux utilisés sous la forme de baguette ayant, dit-elle, la propriété d'être attirés par les masses métalliques enfouies sous terre. La baronne ne fait qu'appliquer la science des mines en usage à cette époque dans les pays d'Europe et du Nouveau-Monde. Mais, à cause de cette baguette qui lui permettrait de découvrir les trésors cachés, elle est perçue, en France, non pas comme une savante mais comme une envoyée du Diable. On la traite de sorcière.
 
La baronne et son époux, qui financent eux-mêmes leurs recherches, s'attirent des ennemis parmi les autres candidats à l'exploitation des mines. Certains n'hésitent pas à mettre l'accusation de magie au service de leurs intrigues. Le cardinal de Richelieu reste insensible à la supplique de 1640. Mais l'a-t-il seulement lue ? La baronne est enfermée dans la prison de Vincennes en 1641, avec une de ses filles. Elle y décède peu après, atteinte d'hydropisie. Le baron est interné à la Bastille où il meurt en 1645. Les Allemands et les Hongrois qui les avaient accompagnés ont déjà quitté le pays et la France retombe dans l'ignorance des techniques minières.
Une renommée européenne
 
En 1601, sous le règne d'Henri IV, Martin Ruzé, seigneur de Beaulieu, est nommé "grand maître, surintendant et général réformateur des mines et minières de France". Il organise les études et les recherches dans le Royaume. Ayant obtenu la concession des mines de Guyenne et du pays de Labourd, le contrôleur général des mines, Pierre de Beringhen, fait appel à Jean du Chastelet et son épouse qui viennent reconnaître les mines de ces provinces.
 
La baronne visite ensuite, avec son mari, les mines de Hongrie, de Pologne, de Bohême, du Tyrol, de Saxe, de Silésie, de Moravie, de Moscovie, d'Italie et même celles de Potosi, au Royaume du Pérou (aujourd'hui en Bolivie). Elle parvient ainsi, dit-elle, "au sommet de son art". La renommée des Beau-Soleil s'étend à toute l'Europe et Jean du Chastelet obtient des commissions importantes : commissaire général des mines de Hongrie, directeur des mines du Tyrol et du Trentin... Le duc de Bavière lui fait don de la baronnie d'Auffembach. Le Pape le décore de la croix de Saint-Pierre-Martyr.
Beau Soleil, près de Blois
(Carte des Cassini, levée à partir de 1753)
Martine de Bertereau naît vers 1580 dans l'Orléanais. Selon Eugène d'Auriac, l'un des conservateurs de la Bibliothèque nationale au XIXe siècle, elle serait la fille de Pierre de Bertereau, chevalier, seigneur de Montigny. Vers 1600, elle épouse Jean du Chastelet, cadet d'une noble famille du Brabant, à peine plus âgé qu'elle et déjà reconnu pour ses talents de minéralogiste. Elle lui apporte en dot la baronnie de Beau-Soleil [comme elle l'écrit]. Dès lors, Martine de Bertereau s'adonne sans répit à la descente dans les puits et galeries de mines, ainsi qu'à l'exercice quotidien des fontes, séparations et épreuves.
 
Les armes de Jean du Chastelet sont un champ d'azur à la bande d'argent chargée de trois fleurs de lys aussi d'azur, le tout ayant pour supports deux griffons surmontés d'un heaume couronné qui soutient une chouette aussi couronnée, pour entourage un cordon et une croix de l'Ordre de Saint-Pierre-Martyr.
 
Elle porte pour armes champ d'azur chargé de trois roses d'argent,
deux en chef et une en pointe. Elle est baronne de Beau-Soleil.

La dame aux trois roses

La baronne de Beau-Soleil