De nombreux enfants de Pont-Péan apprennent alors à nager à la "piscine" de la Seiche. Aux beaux jours, ils viennent souvent y passer leurs après-midis, entre amis ou en famille.
Aujourd'hui, près du pont d'Aiguillon dont le tablier a été élargi, il ne reste plus la moindre trace de cette "piscine". Les terrains de sports de 1942 et la gare ont eux aussi disparu, laissant place à des habitations.
Un journaliste de l'Ouest-Éclair résume l'événement en ces termes : "Cette manifestation, présidée par M. Vivet, directeur départemental de l'Éducation générale et des Sports d'Ille-et-Vilaine, a attiré une foule considérable qui a pu admirer le bel aménagement de baignade scolaire et sportive réalisé par le Conseil municipal de Saint-Erblon et le Comité de l'Union Sportive Pont-Péannaise, sur les directives et avec l'aide financière du Commissariat général aux Sports"…
La "piscine" de la Seiche
Une semaine plus tard, c'est à nouveau la fête. L'USPP a construit trois pontons, des plongeoirs et un vestiaire près du pont sur la Seiche. Un bassin de natation, destiné en priorité aux enfants des écoles, est ouvert depuis le mois de juin. Une monitrice vient y donner des leçons, sous la surveillance bénévole d'un retraité.
La "piscine" est inaugurée le 25 juillet, à l'occasion de la Journée Nationale de la Natation. Ce jour-là, quatre-vingt-douze jeunes nageurs passent leur brevet scolaire. Les spectateurs assistent ensuite à des épreuves de natation et de plongeon, ainsi qu'à un match de water-polo opposant deux équipes rennaises du Cercle Paul Bert.
Des agrès au bord de la route de Nantes.
Les fêtes sportives de l'été 1943
Le grand gala de bienfaisance
Le 18 juillet 1943, la fête annuelle de l'USPP prend la forme d'un "grand gala de bienfaisance au profit des prisonniers de guerre". Au programme : mouvements d'ensemble et danses folkloriques par les jeunes de l'USPP, exercices de gymnastique et acrobaties, démonstrations de basket-ball par les équipes féminines de Pont-Péan et de l'Ouest-Rhédonia de Rennes, démonstrations de football par l'USPP et la Jeanne d'Arc de Bruz. Des billets de tombola sont mis en vente, le premier lot étant un vélo d'homme et le second une demi-barrique de cidre.
Version "papier" de cet article dans le bulletin municipal de Pont-Péan de juillet-août 2012.
Le sport, une affaire de l'État
Les débuts de l'Union Sportive Pont-Péannaise
Le sport sous l'Occupation
En 1942, la municipalité de Saint-Erblon est la première du département à suivre les directives officielles en matière d'éducation. Pour aménager à Pont-Péan un "terrain scolaire de sports et d'éducation physique", elle achète la parcelle occupée par la gare des Tramways d'Ille-et-Vilaine qui a été déclassée après la fermeture de la ligne en 1937. Le terrain est plat, en bordure de route et proche de l'école. Il est en tous points conforme aux critères retenus par le CGEGS pour l'attribution de subventions. Les travaux seront réalisés à moindre coût, grâce au concours d'une association qui vient de se constituer à l'instigation de Jean Portal, un ingénieur des travaux publics résidant alors à la Clôture. Le 21 février, lors de sa première assemblée, l'association s'est donné le nom d'Union Sportive Pont-Péannaise, l'USPP.
Le comité directeur
L'USPP obtient bientôt un agrément définitif, après la constitution d'un comité directeur très ouvert. Le président, Jean Portal, est assisté de trois vice-présidents : Joseph Cambert, l'abbé Pierre Fossé et un mécanicien agricole, Henri Bossard. L'instituteur René Mallet est secrétaire et le commerçant Edmond Sauvaget trésorier. Le comité compte aussi deux présidents d'honneur : le lieutenant-colonel en retraite Martial Labesse et l'adjoint faisant fonction de maire de Saint-Erblon Jean-Marie-Frédéric Froger.
La visite du colonel Pascot
En novembre, le colonel Pascot, commissaire général aux sports du gouvernement de Vichy, effectue une visite officielle de deux jours en Ille-et-Vilaine.
Au matin du dimanche 22 novembre 1942, le colonel Pascot vient à Pont-Péan, ayant tenu à visiter personnellement le terrain scolaire d'éducation physique. Il déclare y trouver un "témoignage de l'engouement suscité dans nos campagnes par les disciplines nouvelles" et exprime sa "satisfaction de voir que les directives du Maréchal aient été aussi fidèlement suivies".
Le colonel Pascot promet d'accorder à la commune de Saint-Erblon une subvention complémentaire pour l'achat de son matériel sportif, parce qu'elle a été à l'avant-garde du mouvement. La "belle réalisation" de Pont-Péan, où les instituteurs conduisent leurs cent cinquante élèves trois fois par semaine, sera dès lors présentée comme un exemple de "petit stade modèle" par la presse locale et même nationale.
L'inauguration des terrains de sports
L'inauguration des terrains de sports, le 19 juillet, remporte un franc succès. Elle rassemble près de deux mille personnes et fait entrer en caisse plus de vingt-deux mille francs. Le comité directeur décide aussitôt d'affecter une partie de cette somme à l'envoi de colis aux Saint-Erblonnais prisonniers en Allemagne. Les fonds servent aussi à venir en aide aux veuves de guerre et aux familles "méritantes et nécessiteuses" de la commune. De plus, grâce aux dons des membres du comité, l'USPP subventionne la création d'une bibliothèque scolaire à Pont-Péan.
Les travaux collectifs
Un mois plus tard, les membres de l'USPP travaillent à l'aménagement d'un terrain de football dans un champ bordant l'emplacement de la gare. Ils coopèrent ensuite à la réalisation du terrain scolaire, encadrés par Jean Portal et un commerçant de Pont-Péan, Joseph Cambert, dit Crambert. Sous l'impulsion d'un cultivateur de Teslé, Jean-Louis Morel, paysans, ouvriers, artisans et jeunes du hameau nivellent les terrains, tracent les pistes, plantent les agrès… Ils déplacent même l'ancienne gare sur des rouleaux et la compartimentent pour en faire un vestiaire. Des latrines seront construites en novembre avec des briques prises à la mine.
La pratique sportive fait alors un bond qu'on attribue, à Vichy, à une sensibilité massive aux mots d'ordre du Maréchal. En réalité, beaucoup de sportifs semblent totalement indifférents à la propagande gouvernementale. Ils ne cherchent qu'une distraction, une façon d'oublier momentanément la dureté de la vie sous l'Occupation, une sorte d'évasion…
Dès l'été 1936, le Front populaire prodigue ses efforts pour permettre à tous les Français d'accéder aux loisirs et aux sports. Quelques années plus tard, c'est la guerre, la défaite et l'invasion. Le gouvernement de Vichy mène alors une politique sportive fortement inspirée de celle du Front populaire. Son Commissariat général à l'éducation générale et aux sports, le CGEGS, développe l'éducation physique à l'école et encourage les municipalités à acquérir des terrains pour y aménager des stades. Il lance à cet effet une grande campagne de propagande, avec pour slogan "Le terrain de sports est un champ de santé".
Vingt-cinq mètres séparent les premiers pontons.