Les éloges de Jean-Jacques Rousseau
Dans sa Lettre à M. d'Alembert... sur son article Genève, Jean-Jacques Rousseau écrira en 1758 : « Je puis citer en exemple un homme de mérite, bien connu dans Paris, et plus d'une fois honoré des suffrages de l'Académie des Sciences. C'est M. Rivaz, célèbre Valaisan. Je sais bien qu'il n'a pas beaucoup d'égaux parmi ses compatriotes ; mais enfin c'est en vivant comme eux qu'il apprit à les surpasser. »
Pierre-Joseph de Rivaz est le premier Valaisan qui se soit fait un nom dans les sciences.
La société constituée par Noël Danycan disparaît par dissolution en septembre 1740, mais son épouse reprend l'exploitation en 1745. Le château de Carcé accueille à nouveau des artistes, parfois célèbres. En 1752, Madame Danycan fait appel à un "habile mécanicien" suisse, Pierre-Joseph de Rivaz.
Pour éviter de nouvelles difficultés, Pierre-Joseph de Rivaz en vient alors à la solution préconisée plus de dix ans auparavant par Daniel Chocat de Grandmaison, quand il était inspecteur des travaux de la ville de Rennes : au Nord, le détournement de la Seiche pour éloigner la rivière de la mine, au Sud, la création d'un étang pour disposer d'une réserve d'eau permanente.
Au début de l'année 1754, Mme Danycan, en manque de ressources, cède une partie de ses droits et possessions à François Nugues, neveu de Joseph Pâris-Duverney. Pierre-Joseph de Rivaz est bientôt averti de la venue de deux nouveaux employés, Pierre-Joseph Laurent, "qui l'aidera dans ses ouvrages", et Pierre Caulet, seigneur d'Hauteville, qui se chargera de l'exploitation et de la comptabilité. Des divergences dans la conduite des travaux surgissent rapidement. Pierre-Joseph de Rivaz regagne alors Paris. Michel Frossard de Saugy, qui l'avait toujours suivi dans ses déplacements, reste cette fois à Pont-Péan pour l'informer de l'avancement des travaux. Les ouvrages qui sont alors réalisés s'inspirent du dernier projet de Pierre-Joseph de Rivaz et de celui de Daniel Chocat de Grandmaison. Pierre-Joseph Laurent sera pourtant le seul à en retirer gloire et fortune.
Inventeur appelé à Pont-Péan
Le 18 juillet 1752, Pierre-Joseph de Rivaz signe une convention avec Madame Danycan. Il s'engage à assécher la mine, puis à la maintenir en état. De son côté, Madame Danycan s'engage à lui verser 34.000 livres par an, aussi longtemps que la mine sera exploitable.
Le 29 juillet, Pierre-Joseph de Rivaz est à Pont-Péan, délaissant tous ses autres travaux. La construction de la machine hydraulique commence le 10 août. Elle est constituée d'un grand bassin carré de 8 mètres de côté, dans lequel un massif de bois de dimensions légèrement inférieures joue le rôle de piston. Soulevé par l'eau de la rivière, le massif de bois, de près d'un mètre d'épaisseur, communique le mouvement à un balancier relié à une pompe. La machine est entièrement couverte, cachée dans un bâtiment au toit de chaume, pour qu'on ne puisse pas en connaître le mécanisme. Elle fonctionne avec succès au début de février 1753, mais sa marche est rapidement perturbée par de fortes précipitations. Les pluies ayant cessé, la machine fonctionne à nouveau correctement. Mais en juin, en raison d'une sécheresse exceptionnelle, la pompe ne peut jouer que trois heures par jour. Il faut aller chercher les eaux dans un lieu plus élevé. Un canal de 1 200 mètres est alors creusé du moulin du Bois à la machine. Au mois d'octobre, le canal est déjà établi sur près d'un kilomètre.
Mécanicien du roi
À Paris, Pierre-Joseph de Rivaz entreprend des démarches pour obtenir le privilège exclusif de fabriquer et vendre ses pendules. Les commissaires de l'Académie des Sciences constatent qu'il a employé pour la construction de ses pendules "tous les moyens qui pouvaient les rendre plus régulières que celles qu'on a faites avant lui , et qu'il a réussi à les faire mieux aller que les autres". Voyant leurs intérêts menacés, les horlogers parisiens tentent d'empêcher l'octroi du privilège. Il est pourtant accordé le 20 mai 1750, après de nouvelles expertises.
Les éloges décernés à Pierre-Joseph de Rivaz par les membres de l'Académie des Sciences le font rapidement connaître dans la capitale. Ministres, savants, gens de lettres fréquentent son salon. Joseph Pâris-Duverney, l'un des hommes les plus riches et les plus influents du royaume, devient un familier. En 1751, il sera même le parrain du troisième fils de Pierre-Joseph de Rivaz.
En 1750, Pierre-Joseph de Rivaz commence à travailler à la construction d'une machine hydraulique destinée à assécher les mines du Forez. En septembre les concessionnaires de Pontpéan manifestent leur intérêt pour cette machine. Le 30 octobre 1751, elle est présentée à Joseph Pâris-Duverney, qui va bientôt devenir l'un des principaux "intéressés aux mines de Pontpéan".
Directeur des mines de Binn
Encouragé par l'attestation de Bernouilli, Pierre-Joseph de Rivaz décide de s'adonner totalement à ses recherches scientifiques. En 1742, il cède sa fonction de châtelain à son jeune frère, Charles-Joseph, et s'installe à Brigue, dans le Haut-Valais. Il devient alors co-propriétaire et directeur des mines de fer de Binn, effectuant de nombreux emprunts pour lancer l'entreprise. Au bout de deux ans, les forges commencent à fonctionner, mais le fer se vend mal. Les bénéfices de la mine ne suffisent pas à couvrir les intérêts.
Pour passer ce cap difficile, Pierre-Joseph de Rivaz compte sur ses pendules. En mai 1744, Michel Frossard de Saugy installe son atelier d’horlogerie à Brigue. La production s’écoule bien en Suisse et en Italie, mais les ventes ne comblent pas le déficit des mines.
Le 7 août 1748, Pierre-Joseph de Rivaz part pour Paris avec ses pendules. Il espère que leur vente lui permettra, en six mois, de rembourser ses créanciers et de continuer l'exploitation de ses forges. Mais le séjour à Paris se prolonge et les mines de Binn sont abandonnées une dizaine d'années plus tard.
Pierre-Joseph de Rivaz, châtelain de Saint-Gingolph
Au bord de la route reliant Pont-Péan à Bruz, un reste de l'ancien lit de la Seiche, là où avait été construite la machine de Rivaz.
Pierre-Joseph de Rivaz naît le 29 mars 1711 à Saint-Gingolph, un village frontalier, mi-valaisan, mi-savoyard, au bord du lac Léman. Son père, Étienne, est notaire et châtelain du village. Une vingtaine d’années plus tard, Pierre-Joseph de Rivaz est à son tour notaire et châtelain de Saint-Gingolph.
Mais il s’intéresse surtout aux recherches mécaniques, auxquelles il consacre tous ses loisirs. Il imagine ainsi une "horloge perpétuelle", qui se remonte d’elle-même pendant un an. Michel Frossard de Saugy, horloger de métier, la fabrique en 1737 puis continue à travailler pour la société qui est créée en 1739 afin d’exploiter l’invention.
En septembre 1740, Pierre-Joseph de Rivaz se rend à Bâle pour faire examiner son invention. Le savant Daniel Bernoulli lui délivre alors une attestation par laquelle il reconnaît l’excellence de l'horloge.